Bonjour. La séquence d’aujourd’hui va être consacrée à la façon dont le développement durable peut constituer un véritable moteur à l’innovation et plus précisément, à l’innovation qui a pour finalité l’amélioration de l’environnement. C’est ce que l’on appelle « l’éco-innovation », comme nous allons le voir. Le développement durable, un moteur à l’innovation. Tout d’abord, revenons sur cette idée d’innovation, qui est extrêmement importante depuis les années 1980, puisqu’à partir de ce moment-là, il s’avère que la compétitivité des pays ou la compétitivité d’une entreprise n’est plus véritablement due à une diminution des coûts de production, comme on pouvait le penser auparavant – c’est-à-dire que plus on avait des coûts de production faibles, plus on était compétitif - ce n’est plus le moteur aujourd’hui de la compétitivité. Le moteur, c’est l’innovation. Cela va être mis en évidence par Michael PORTER, qui est un économiste américain qui a travaillé sur, bien sûr, la compétitivité sur un très grand nombre de secteurs, et qui a également été un conseiller de beaucoup d’entreprises, et également au niveau de l’administration américaine. Michael PORTER a démontré que désormais le paradigme de compétitivité reposait sur l’innovation. Or, toutes les approches du développement durable, qu’il s’agisse finalement des approches que l’on qualifie de « faibles » au niveau des politiques – qu’il s’agisse des politiques préconisées par la Banque Mondiale ou l’OCDE, qui insistent plutôt sur la façon dont le prix du capital naturel peut être un élément de régulation de ce dernier, et comment finalement il est intéressant de remplacer le capital naturel par de la technologie au fur et à mesure que le prix de ce capital naturel augmente en raison de sa raréfaction. Donc, il y a tout un travail qui est opéré pour, à ce moment-là, travailler sur l’innovation technologique, et le rôle de l’innovation technologique, pour remplacer au fur et à mesure les services rendus par le capital naturel. Donc cela est une des premières approches. Une seconde approche, que nous avons appelée la « soutenabilité faible », elle insiste davantage sur la nécessité de dématérialiser l’économie, c’est-à-dire d’opérer une économie qui repose sur des technologies beaucoup moins consommatrices d’énergie ou de matières premières. Bref, dans les deux cas, on voit que l’on se focalise sur le progrès technologique, mais pas seulement technologique aussi tout ce qui est innovation en matière d’organisation. Alors, l’éco-innovation, de quoi parle-t-on lorsque l’on parle d’« éco-innovation» ? Il s’agit d’innovations en faveur de l’environnement, qui relèvent donc aujourd’hui des éco-innovations, qui sont extrêmement nombreuses, et qui consistent en fait à réduire les impacts des activités humaines sur l’environnement, et à développer donc la production et l’utilisation des énergies renouvelables. Donc, beaucoup d’innovations sont considérées à l’intérieur de cette définition, et donc ces éco-innovations sont devenues les éléments-clés de la recherche des programmes européens et des programmes internationaux dès la fin des années 1990. Aux États-Unis par exemple, la ROM Corporation, qui est l’institution de prospective en matière de compétitivité des États-Unis, la ROM Corporation considère pour la première fois en 1998, que les éco-innovations font partie des technologies critiques. Les « technologies critiques », pour la Rand Corporation, ce sont en fait des technologies qui sont essentielles au développement, de long terme, de la sécurité nationale ou de la propriété économique. Donc jusqu’à cette date, si vous voulez, étaient considérées comme technologies critiques, essentiellement finalement des technologies pour les États-Unis, qui relevaient ou bien des technologies de l’information et de la communication, parce que susceptibles d’apporter beaucoup de brevets, ou bien des technologies militaires assurant la sécurité nationale. À partir de 1998, les éco-innovations entrent dans la catégorie « technologies critiques » parce qu’il s’agit des innovations qui vont être déterminantes pour la compétitivité du pays dans les prochaines années. Et donc, à partir de cette date, on voit déjà l’importance que revêtent les éco-innovations. Au niveau européen, l’Espace Européen de la Recherche insiste sur le rôle que peuvent revêtir les éco-innovations, et sur la nécessité que l’Europe investisse dans ces programmes de recherche, les PCRD, l’importance d’investir pour pouvoir développer des éco-innovations qui seront indispensables pour la compétitivité de l’Europe. Le Conseil Européen, en 2004, va considérer que les éco-innovations contribuent à la stratégie de Lisbonne qui vise à accroître la compétitivité européenne. Donc – si vous voulez- là, on voit vraiment que le décor est véritablement mis en place et que tout ce qui va permettre d’améliorer les éco-innovations, va aussi contribuer à la compétitivité. C’est tellement vrai que lorsque la Croissance Verte va faire son entrée – lorsqu’on va commencer à parler de la Croissance verte et cela est nouveau puisque on en parle à partir de 2008 véritablement au niveau international et finalement, au niveau des différents pays et même, des entreprises - on va commencer à se dire que finalement, les éco-innovations vont permettre de revitaliser la croissance économique de façon nouvelle et permettre une modernisation écologique des appareils productifs. Cette notion de Croissance Verte, elle arrive 2008, après la crise financière. Et vous savez qu’il y a eu des plans de relance après la crise financière, des plans de relance qui ont injecté énormément de financements dans les économies au niveau international. Et certains considèrent qu’on a eu à cet égard un véritable rebondissement vert avec notamment lors du G20 en 2009. Le G20 en 2009 qui indique, je cite : « L’économie de demain sera inclusive, verte et soutenable ». Donc, un pas important est franchi après ces crises financières. Les plans de relance injectent énormément de moyens dans les économies : 430 Milliards de dollars des plans de relance sont consacrés à l’économie verte, c’est-à-dire sont consacrés à l’investissement dans la recherche et le développement autour des éco-innovations. Et vous pouvez regarder que cela concerne 15% des plans de relance mondiaux en moyenne, ce qui est considérable. Et on voit qu’en fonction des différents pays, les plans de relance ont été plus ou moins consacrés à ces éco-innovations. Ce qui est spectaculaire c’est la Corée du Sud : 80% du plan de relance, le plan Chinois : 38%, 35% en France et 12% du plan Américain. Mais il faut voir d’où l’on partait, et les États-Unis avaient commencé déjà à investir massivement depuis, on l’a vu, la fin des années 90 en matière d’éco-innovation pour assurer une véritable compétitivité à long terme de leur économie. Et les autres pays ont repris un petit peu la main, pour investir eux aussi, et devenir compétitifs grâce aux éco-innovations. Je vous remercie.